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« La relation entre les Geiq et le Ministère du Travail est essentielle »

Après un parcours marqué par un engagement dans le secteur de l’inclusion, Thibaut Guilluy a été nommé haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises le 13 octobre 2020, auprès de la Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, Elisabeth Borne.

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Cette interview a été réalisée dans le cadre du magazine La plus belle façon d'embaucher, créé à l'occasion de la 5ème édition de l'événement "3 jours avec les Geiq".


Thibaut Guilluy connaît le Geiq depuis le début des années 2000. C’est un modèle d’insertion par l’emploi issu de la société civile – comme lui – qu’il regarde avec beaucoup de bienveillance car il permet de réelles opportunités d’emploi durable et peut s’adapter à toutes les filières. Au niveau de l’État, l’objectif est clair : que le nombre de bénéficiaires du dispositif proposé par le Geiq se démultiplie partout sur le territoire et dans de nouveaux secteurs économiques.

Une partie de votre rôle est de servir d’interface entre différents acteurs de l’emploi et de l’inclusion et les employeurs. Comment fonctionne cette mise en relation ?

Thibaut Guilluy : Concrètement, en lien avec la Ministre déléguée à l’insertion [ndlr : Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l’Insertion auprès de la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion], l’enjeu est de soutenir toutes les politiques d’insertion, comme l’éthique économique dans laquelle s’inscrit le réseau des Geiq ou encore les politiques d’accompagnement des personnes en situation de handicap. Avec la Ministre, Elisabeth Borne, nous déployons actuellement le plan « 1 jeune, 1 solution ». Avec un budget de sept milliards d’euros, l’objectif de ce plan ambitieux est que chaque jeune puisse trouver une solution d’emploi et d’accompagnement dans cette période particulière que nous traversons. Ce plan mobilise également des milliers d’entreprises dans tous les territoires, qui s’engagent pour l’emploi des jeunes, pour les accompagner dans leurs démarches de recrutement. Nous avons mis en place la plateforme 1jeune1solution.gouv.fr qui propose à la fois des milliers de solutions d’emplois et de formation pour les jeunes et un appui pour les entreprises qui souhaitent s’engager. Nous animons cela de façon très active avec l’ensemble des acteurs du service public de l’emploi : Pôle Emploi, les missions locales et les collectivités. Nous mettons en réseau tous ceux qui concourent à mettre en contact les besoins des employeurs avec les capacités et les aspirations des personnes en recherche d’un travail.

Si l’on regarde votre parcours, vous étiez par exemple Président du Conseil de l'inclusion dans l'emploi (CIE) et Directeur Général du Groupe Ares (Association pour la réinsertion économique et sociale) pendant treize ans. L’inclusion et l’insertion, ce  sont des secteurs que vous connaissez bien...

Oui… Je suis devenu haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises car c’était le souhait du Président de la République qui m’a invité à m’engager dans cette fonction. Il voulait avoir des gens qui viennent de la société civile, qui connaissent le concret, le terrain, le quotidien et qui savent comment on co-construit des solutions avec les acteurs de l’insertion et les entreprises. Le but, c’est de créer des solutions qui fonctionnent. Or les bonnes idées ne s’initient pas seulement dans l’intimité des bureaux ministériels mais en observant les pratiques, en mettant les gens autour de la table et en concevant des politiques publiques qui permettent de passer d’une initiative ou d’une solution qui fonctionne bien dans un territoire à quelque chose qui permet de toucher des centaines de milliers de personnes partout dans le pays.

Quand avez-vous entendu parler du Geiq pour la première fois ?

Je connais les Geiq depuis le début des années 2000. Comme j’étais dans le domaine de l’insertion, deux choses m’ont intéressé dans ce mouvement. La première, c’est que le Geiq, ça part d’une demande et d’une mobilisation des entreprises : elles ont un besoin de compétences et de talents et elles s’organisent ensemble pour inclure des personnes. Ça, c’est quelque chose de très important parce que c’est une forme de garantie qu’à la sortie du parcours d’insertion, il y ait de réelles opportunités d’emploi durable. La deuxième chose, qui est portée dans le nom même du Geiq [ndlr : sigle pour « groupement d'employeurs pour l'insertion et la qualification »], c’est la notion de qualification, la démarche de professionnalisation. L’enjeu est donc à la fois d'apporter une expérience professionnelle mais aussi un diplôme, une qualification. Or l’on sait que, souvent, pour les personnes vulnérables au niveau de l’emploi, l’absence ou la faiblesse ou l’inadaptation des diplômes ou des qualifications sont un facteur d’exclusion assez important. J’ai toujours cru dans le modèle du Geiq qui est très complémentaire de nombreux dispositifs d’accompagnement et d’insertion déjà existants.

Ce qui fait la spécificité du Geiq, c’est le besoin venu du terrain : des entreprises se sont organisées pour créer ce dispositif. Sa particularité, c’est aussi de tout prendre en charge via un accompagnement global, aussi bien pour les entreprises que pour les personnes salariées en alternance. En tant que représentant de l'État, quelle est votre relation avec les Geiq ?

La relation entre les Geiq et le Ministère du Travail est essentielle. Avec la ministre déléguée à l'insertion, j'assure la promotion et l’accompagnement du « modèle Geiq » pour qu’il puisse se déployer. Le modèle du Geiq s’appuie sur la volonté et le besoin des entreprises ainsi que sur les dispositifs de formation professionnelle, notamment les contrats en alternance. Les Geiq ont aussi la particularité de cibler un public éloigné de l’emploi en proposant un accompagnement global de la personne. À l’échelle locale, pour que les Geiq puissent se déployer davantage, il faut d’abord faire connaître davantage ce modèle. Si je dois résumer mon rôle, c’est de faire connaître les Geiq aux entreprises de manière plus générale car ils sont une réelle opportunité pour elles et pour leur filière professionnelle. En parallèle, nous animons également un dialogue avec les représentants des Geiq pour voir quels sont les freins – juridiques, financiers, visibilité… – à lever pour que l’on puisse déployer plus largement les Geiq sur le territoire. Notre objectif est d’avoir une opportunité de rebond pour chaque personne qui en a besoin. Les Geiq en sont une. Le but, c’est de passer de quelques milliers à quelques dizaines de milliers de personnes pouvant bénéficier de la richesse du modèle Geiq dans tous les territoires et dans toutes les filières professionnelles possibles.

Quelles actions ont par exemple été mises en place par l’État ?

Nous avons mis en ligne la startup d’État Plateforme de l’inclusion [NDLR : plus d’informations sur les « startups d’État » : beta.gouv.fr/approche], emplois.inclusion.beta.gouv.fr, qui permet à toute personne en difficulté d’accès à l’emploi de trouver une solution d’inclusion, dont les Geiq, près de chez elle. D’autre part, nous développons une stratégie de développement des achats inclusifs et locaux. Un Geiq, en matière de commande publique ou privée, c’est un fournisseur qui propose un service de très bonne qualité et qui va, en plus, avoir un impact RSE [ndlr : Responsabilité Sociale de l'Entreprise] à valoriser. Ces deux actions sont des leviers opérationnels qui vont permettre de développer le réseau des Geiq. Enfin, il y a l’aspect des liens. Pour accompagner le parcours des personnes dans leur insertion et leur qualification, le Geiq est un bel outil qui gagnerait à être plus interconnecté avec l’ensemble des dispositifs. C’est pour cela que nous essayons de créer davantage de synergie, dans le cadre de l’insertion par l’activité économique. L'idée, c’est que l’expérience accumulée, le savoir-faire et la spécificité du réseau des Geiq puissent nourrir des parcours d’insertion qui, parfois, peuvent commencer en amont dans le service public de l’emploi ou des structures d’insertion. Le Geiq joue le rôle de trait d’union entre, d’un côté, le parcours d’insertion et l’accès à la qualification ; et de l’autre, l’emploi durable.

Selon vous, le modèle Geiq gagne à être connu et est voué à développer davantage de synergies. Au vu des problématiques économiques et sociales actuelles, c’est sans doute aussi un modèle à suivre...

Tout à fait ! Nous sommes dans une période particulière parce que la crise a fait que l’année 2020 a été particulièrement chaotique et difficile. Clairement, notre objectif est de continuer à accompagner et à soutenir les Geiq ces prochaines années pour repartir dans une dynamique de développement la plus forte possible. Nous souhaiterions vraiment doubler voire tripler le nombre de personnes qui bénéficient du dispositif Geiq. Nous allons encourager et soutenir le développement du réseau des Geiq. Nous allons également faciliter l’émergence de nouveaux Geiq dans d’autres filières puisque son modèle s’adapte à énormément de métiers et de possibilités.

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